Je lutte contre la misère
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Salauds de pauvres, jamais contents !
8 novembre 2005

Le slogan « Qui sème la misère récolte la colère » est bel et bien d’actualité suite aux déclarations incendiaires de Sarkozy ; suite à la mort de Zyad Benna et Bouna Traoré dans des circonstances douteuses ; suite au déploiement inconsidéré de forces de l’ordre en tenue de combat pour quadriller les quartiers populaires et en faire de fait des ghettos ; suite, aussi et surtout, au fait qu’il y a 21% de chômage chez les jeunes des quartiers populaires, chiffre qui atteint 43% quand ces mêmes jeunes sont issus de l’immigration.

On sait bien qu’en-dehors des coups nous n’avons rien à attendre de la droite, de "ceux d’en face", mais tout au long des réactions dont nous abreuvent les hommes de gauche ayant volonté d’encadrer cette misère, les citoyens redresseurs de torts se voulant compréhensifs, tout au long de leurs appels à la paix sociale, avez-vous remarqué que la troisième personne (« ils », « eux ») est la seule utilisée pour causer d’une colère qui pourtant nous concerne tous ? Une colère que nous partageons en fait dans notre grande majorité, nous les bannis des feux de la rampe, les exploités, les abandonnés.

Le pétage de plomb n’est pas « jeune », il est généralisé, bien au-delà de ses conséquences visibles en couleur au journal de 20h, sauf qu’une dépression ou un suicide sont moins spectaculaires qu’un bel incendie.

Quand t’en peux plus, t’exploses... quitte à éclabousser le voisin, car le temps de la réflexion et de l’analyse est aussi un luxe.
Alors on peut en écrire des pages, dire "qu’ils" (ces autres, ces étrangers à nos brillantes analyses autoproclamées) auraient dû faire ci et pas ça, dire ceci au lieu d’attaquer cela, mais jusqu’à quand va-t-on ignorer notre propre douleur, notre propre envie d’en finir avec une vie de survie ? Et surtout s’apercevoir que "leur" révolte est NÔTRE, car eux c’est nous, nos enfants, nos frères, cousins, voisins.

La pensée de classe semble avoir bel et bien disparu du panorama des réflexions d’une gauche qui est moins de masse que de plus en plus « à la masse »...

En échange on y retrouve la peur du « gueux », du « voyou », de la « racaille », de la « canaille », du « lumpen », la trouille de ce « prolétariat en haillons » qui grouille sous les pieds de l’honnête salarié, prêt à lui saisir la cheville, lui casser sa bagnole et l’entraîner vers les affres du chômage et de la précarité à tout crin. Ouh le méchant gueux qui ne fait que le jeu du FN, qui tape à côté et préfère crâmer les miettes puisqu’il ne peut avoir le
gâteau...

Crétin de gueux, tu crois qu’au Sahel ils seraient pas contents de les avoir les belles miettes de droits que tu as ?!
Ingrat de gueux, tu ne sais pas qu’il y a toujours eu la petite bourgeoisie humaniste pour recadrer ta colère comme en 1789 afin de la rendre productive et te donner de beaux droits ?
Sale petit con de gueux, tu ne sais pas que pendant que tu baves d’envie aux vitrines de l’illusion capitaliste, la vrai avant-garde éclairée n’a que faire de basses volontés de possession matérialiste et préfère lire des livres qui causent de toi, pauvre gueux voyoutocrate transformé en glorieux prolétariat idéalisé ?
Aujourd’hui tu crâmes l’institution qui te tend la main, mais c’est pas parce que tu n’as pas de foie gras qu’il faut brûler les toasts !!!
Salaud de pauvre, jamais content !

Ah, ce qui embête les politiques et les fabricants de boucs-émissaires, c’est peut-être qu’ils ne savent pas par quel bout récupérer la colère populaire !

"On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent"

Serait-ce trop demander à la gauche que de réveiller sa propre révolte de son sommeil plein de compromis confortables et d’exprimer sa fraternité aux insurgés en se rappelant cette phrase de Bertolt Brecht ?


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