Assez de mépris
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APEIS
Le texte du 5ème congrès

Etat des lieux

Depuis notre précédent congrès, le 4ème du nom, que nous avions tenu en juin 2002, on ne peut pas dire une fois de plus que les choses se soient arrangées pour les chômeurs et plus généralement pour les précaires et les salariés.

Et en réalité pour la grande majorité de la population, mis à part quelques grands patrons et quelques actionnaires qui ont, eux, vu leurs revenus augmenter parfois dans des proportions très importantes.

Mais comment pourrait-il en être autrement alors que la logique qui est à l’œuvre s’est fixée comme objectif de casser les droits et de déréglementer.

Avec comme priorité absolue la volonté de faire baisser le coût du travail, pour, comme dans le principe des vases communicants, faire augmenter les profits au détriment des salaires.

Comme nous avons pris l’habitude de le dire : « ils confondent tout est possible avec tout est permis » et peu importent les dégâts qu’ils occasionnent sur des hommes, des femmes, des familles entières qui sont broyées entre les mâchoires du capitalisme et de la rentabilité obligatoire et exponentielle.

De toutes les façons, ils s’en foutent comme de leur première voiture de sport ou comme de leur premier tour du monde tant ils ne pensent même pas que nous pouvons être égaux.

Le taux de chômage officiel a dépassé la barre des 10 % de la population active, ce qui n’était pas arrivé depuis plus d’une douzaine d’années et le nombre réel des chômeurs est plus près des 5 millions que des 3 annoncés.

Selon le magazine « Alternatives Economiques », il y aurait très exactement 3, 9 millions de femmes et d’hommes sans emploi quelle qu’en soit la forme, même précaire.

A ce chiffre il convient d’ajouter les non comptabilisés, les dispensés de recherche d’emploi de plus de 57 ans qui sont tout de même 400000 et les non inscrits.

Principalement les jeunes qui, n’ayant aucun droit, ne se déplacent même pas et nous parvenons sans tricher au chiffre effarant et terrible de 5 millions de chômeurs.
Si le taux de chômage moyen joue au yoyo aux environs de 10 %, il est en quasi permanence de 11 % chez les femmes, de 22 % chez les moins de 25 ans et le nombre officiel de chômeurs de longue durée (c’est-à-dire depuis plus d’un an) est de 800.000.

C’est à travers ces situations l’ensemble de la société qui est tirée vers le bas, qui s’appauvrit, qui est en perte de repère, qui manque cruellement de perspectives… ce qui renforce l’individualisme lié à la crainte de basculer.

Quelle est cette société dans laquelle les chômeurs sont obligés d’ester en justice pour obtenir leurs droits ? Quelle est cette Unedic où les partenaires sociaux signataires des accords (tous sauf la CGT et FO) s’apprêtaient à exclure du système d’indemnisation 1 million 59623 chômeurs sans sourciller et sans que cela n’émeuve grand monde ?

Fidèles à nos engagements nous avons mené la bataille pour la réintégration de tous et de chacun dans l’unité des organisations de chômeurs, afin de ne pas accepter l’inacceptable.
La dignité et la solidarité chevillées au corps nous nous sommes mobilisés et nous on permis de remporter la plus grande victoire du mouvement des chômeurs contre la fatalité, le sentiment d’impuissance et l’isolement.
Nous avons démontré à cette occasion qu’il n’existait pas de gènes de la pauvreté, du chômage et de l’exclusion mais que ces derniers étaient à la fois le résultat de choix politiques fondés sur la libre concurrence de l’économie marchande et des outils entretenus par le grand patronat pour amplifier ces mêmes politiques.
Cette bataille nous l’avons gagnée : 1 million 59623 chômeurs ont été réintégrés dans leurs dignité.
Le droit acquis a prévalu contre la volonté du patronat et de certains syndicats (CFDT, CFTC et CGC), qui, nous devons le savoir et le dire, votent dorénavant à chaque fois avec le Medef contre l’intérêt des salariés et des chômeurs.
Alors évidemment cette victoire est incomplète, ou, plus justement, pas totalement satisfaisante.
D’abord parce que ce n’est finalement qu’un sursis et que les situations de détresse des chômeurs sont toujours aussi prégnantes ; et ensuite parce que c’est l’Etat qui paie la note, donc chaque citoyen, d’une façon ou d’une autre, (directement à travers l’impôt ou indirectement avec ce qu’il n’est pas possible de faire pour l’égalité et les mesures sociales), et non les responsables que sont les patrons et les actionnaires.
Sachons également que si Jean Louis Borloo a « lâché » et pris cette décision de réintégration ce n’est pas par volonté de justice sociale ou de respect des engagements pris, mais tout simplement parce qu’il savait que la protestation prenait une ampleur considérable et était informé que la situation pouvait devenir très gênante pour le pouvoir et ses amis, d’autant que le soutien d’une large partie de la population à cette lutte était clairement affiché.
Cette victoire des « recalculé e s » doit tout de même être appréciée à sa juste valeur.
Le syndicat de la magistrature écrivait dans son journal « Justice » que le mouvement des chômeurs était une force avec laquelle il faudrait bien compter.
Il écrivait également « que dans les leçons de cette bataille exemplaire, il fallait retenir que l’irruption des chômeurs sur la scène sociale et leur victoire permettait de recouvrer leur dignité, à eux si maltraités aux guichets des Assedic ».
A n’en pas douter cette victoire n’a pas été sans conséquences sur les débats et les résultats de la campagne référendaire concernant le projet de constitution européenne.
A cette occasion, les catégories les plus fragilisées dont nous faisons partie ont retrouvé le chemin des urnes et refusé les idées de fatalité.
Il est de la responsabilité de l’ensemble des mouvements sociaux que cela ne reste pas lettre morte, ce qui alimenterait encore le désespoir.
La question qui se pose au travers des batailles et des revendications des chômeurs est, dans les faits, la « non-place » qu’ils ont et la « non-reconnaissance » dont ils sont l’objet.
Parce que à chaque fois que les chômeurs sont au-devant de la scène, il se trouve toujours quelqu’un pour parler de miracle.
Pourtant nous n’existons pas que tous les quatre ou cinq ans, nous ne menons pas bataille que de temps en temps.
C’est quotidiennement que nous intervenons, ce qui permet que le mouvement prenne corps le moment venu, mais rien ne se fait sur commande, c’est toujours beaucoup de travail.
Il ne s’agit en aucun cas de vouloir tirer la couverture à soi, mais dans cette période marquée par des attaques sans précédents de la part des actionnaires et des patrons, les victoires des classes laborieuses, du mouvement ouvrier duquel nous nous réclamons ne sont hélas pas nombreuses.
Le quasi-silence fait autour de cette bataille et de cette victoire révèlent les rapports que la société dans son ensemble entretient avec le chômage et plus encore avec les chômeurs, y compris dans les rangs des forces de ceux qui nous sont relativement proches.
Pourquoi en est-il ainsi ? Il nous semble que quand la société sera en mesure de répondre à cette question elle sera en capacité d’envisager sérieusement les changements dont nous avons tous besoin.
Et pourtant dans cette lutte, le juridique n’a été qu’un moyen, un outil. La bataille a été politique, très politique même. Il a fallu expliquer, convaincre, prendre la parole, monter les dossiers.
Les idées dominantes dominent et être au chômage paraît anormal ; cela l’est par ailleurs, mais pas au bon sens du terme ! Les chômeurs sont désignés responsables de leur situation alors que les coupables qui licencient et précarisent semblent aujourd’hui protégés par un fort sentiment de fatalité.
Il n’est pas rare d’entendre que toujours il y a eu des pauvres et des riches, des forts et des faibles et que c’est dans la nature de l’homme que certains dominent et que d’autres soient dominés.
Et bien c’est faux ! Si la société des hommes a longtemps progressé c’est parce qu’il y avait de la solidarité et des formes d’organisations sociales dans lesquelles personne n’était en trop, dans lesquelles chacun avait une utilité en fonction des besoins du groupe et des dispositions de chaque individu.
Avant il y avait une place pour chacun. Les vieux considérés comme des « boulets improductifs » aujourd’hui étaient les sages et détenaient l’indispensable expérience hier.
Les jeunes étaient eux la force et l’avenir, ce qui est dorénavant loin d’être le cas, il n’y a plus de place pour les aînés et pas de place pour les plus jeunes.
Ne parlons pas des handicapés ou de celles et ceux qui sont différents du plus grand nombre, ils ne comptent pas, ils gênent, ils sont en trop.
Dans le même temps et pour des raisons qui commencent à sembler évidentes, les conditions de travail se sont dégradées, les salaires n’augmentent pas et même diminuent si on considère les emplois atypiques et leurs formes de rémunération.
Après la loi contre les exclusions ce n’est pas celle dite de cohésion sociale qui va changer quoi que ce soit aux millions de vies en miettes des chômeurs et des précaires et rendre cohérente une société qui fonctionne dans le seul sens des patrons et des actionnaires.
Les lois, les projets, les déclarations, les bonnes intentions, les belles idées, les promesses, les gros dossiers, les études, les effets d’annonces et même les larmes de crocodile se succèdent sans que nos vies ne s’améliorent, bien au contraire.
C’est parce que l’être humain est dans nos sociétés considéré comme un moyen, alors qu’il devrait être la finalité, que certains préconisent à d’autres ce qu’ils n’accepteraient pour eux-mêmes et leurs familles.
Dans ce système, c’est l’être humain qui est méprisé et plus encore quand on est femme, immigré ou chômeur.
Ce qui baisse tout aussi dramatiquement que nos conditions d’existence c’est l’espoir, cet espoir si nécessaire, indispensable même à tout progrès humain cohérent, donc égal et non discriminatoire.
La souffrance n’est pas née dans la dernière période. Hier, avant-hier, elle rythmait déjà la vie de nos parents et grands parents ; mais hier et avant-hier il y avait encore la possibilité de jours meilleurs que les sacrifices feraient naître, notamment pour les enfants de celles et ceux qui travaillaient dur pour peu.
Cela a été vrai quand le taux de scolarisation s’est développé et que les enfants d’ouvriers ont eu accès à l’école de la République, mais c’est de moins en moins vrai. Un diplôme dans nos quartiers ne vaut pas la même chose qu’au centre de Paris et dans les beaux quartiers des grandes villes.
Ainsi, aujourd’hui il y a moins de jeunes issus des milieux populaires qui ont accès aux grandes écoles qu’il y a 50 ans. Les différences se creusent donc encore plus maintenant que par le passé.
L’outil démocratique et d’émancipation qu’aurait pu être la télécommunication (dont principalement la télévision) a été, malgré le faux semblant d’égalité dévoyé et récupéré par les propriétaires et les actionnaires de ces outils.
Les emplois précaires, atypiques, qui ne permettent pas de vivre décemment de son labeur se multiplient au point de devenir la règle en matière d’emploi.
Nous le disions depuis 1999, la société du précariat tend à remplacer celle du salariat !
Le nombre de salariés pauvres se développe, le secours catholique en faisait une priorité nationale suite à une étude d’il y a quelques mois.
Martin Hirsch, Président d’Emmaüs France, rendait il y a quelques mois au gouvernement un rapport accablant et terrible sur la réalité de la pauvreté.
Les hommes et les femmes, les familles sans domicile fixe se comptent par millions. Certains vivent dans des caravanes ou font du camping à l’année.
Près de 2 millions vont de meublés ou hôtels en hébergements d’urgence, d’autres habitent des logements sans douche ni toilettes et d’autre encore n’ont rien et sont complètement à la rue.
Pour rappel, selon l’INSEE, trois personnes sans domicile fixe sur dix, travaillent en moyenne 32 H par semaine, ce qui n’est finalement pas loin du temps de travail moyen depuis la mise en place des 35 H.
35 H qui sont aujourd’hui remises en cause, mais pas la flexibilisation et l’annualisation du temps de travail ce qui est rendu possible par l’entretien d’un chômage dont les dominants se servent pour faire pression sur l’ensemble des salariés, avec ou sans emploi.
La question qui est par ailleurs posée sur le fond, ce n’est pas de travailler plus mais seulement de gagner plus en travaillant. Les études et sondages sont donc faussés, la réponse est orientée par la façon de poser la question.
Plus grave, car plus révélateur, toute la société s’est habituée à vivre avec tous ces pauvres étalés, qui ne dérangent plus, que l’on ne voit pas, qui sont devenus transparents, que parfois même on enjambe.
Tous et toutes nous vivons avec ce filtre permanent qui brouille les perspectives de chacun, qui asphyxie toutes les volontés de solidarité et d’égalité.
La plupart d’entre nous et c’est vrai pour l’ensemble de la société, vivent avec la peur rivée au ventre : peur du chômage, peur de ne pas faire face, peur de ne pas y arriver, peur de sombrer, peur de ne plus avoir d’emploi, de revenu, de place…
Sur ces aspects, plusieurs sentiments se côtoient et se heurtent, la peur bien sûr mais aussi le sentiment d’impuissance, la fatalité, la honte de ne pas pouvoir ou savoir intervenir, de laisser faire, comme si ne rien faire nous mettait individuellement à l’abri de cette descente aux enfers.
Nous savons que c’est une erreur grave que nous paierons collectivement, car au final ne rien faire aujourd’hui c’est contribuer à être soi-même condamné demain, car nous sommes confrontés à une logique du capitalisme qui en épargnera peu.
Comme si toutes ces personnes sans domicile fixe n’étaient pas comme nous ; comme si les voir nous empêchait de devenir comme eux et agissait comme repoussoir ; comme si ces hommes et ces femmes n’étaient pas le produit du chômage, de la précarité, des choix des patrons et des actionnaires.
Les estimations donnent environ 3, 5 millions de salariés qui touchent moins que le SMIC (pour 1, 8 million c’est même moins de 600 euros par mois).
Toutes les organisations caritatives : Secours Populaire, Resto du cœur, Secours Catholique, Emmaüs, font état du même constat, plus de pauvres, plus de salariés pauvres et de moins en moins de réponses, tant sur le fond que pour l’urgence.
C’est parce que l’Unedic indemnise de moins en moins, qu’un nombre de plus en plus important de femmes et d’hommes se trouve confronté aux minima sociaux, voire au néant.
Le nombre de R’mistes a augmenté l’année dernière de plus de 9%, pour dépasser le million 200.000 ayant droits ce qui représente en nombre de femmes, d’hommes et d’enfants des millions d’individus.
Le nombre d’allocataires de l’API (Allocation Parent Isolé) est de 190.000 ; de l’AAH (Allocation Adulte Handicapé) 740.000 ; du minimum vieillesse de plusieurs centaines de milliers.
Le nombre de chômeurs qui touchent l’ASS (Allocation Spécifique de Solidarité est de près de 500 000.
Et quand on ramène le nombre total d’allocataires au nombre de personnes concernées dans les familles, on atteint le nombre astronomique de près de 10 millions qui survivent avec quelques petites centaines d’euros par mois
Au total le nombre de foyers qui perçoivent une des allocation pour le logement, dépasse les 6, 5 millions, ce qui montre, s’il était besoin, la faiblesse du niveau des revenus quand on sait que ces allocations sont soumises au montant des ressources et placées plutôt bas.
Dans le même temps où la pauvreté se développe, où la précarité devient la norme, où les difficultés et les angoisses se multiplient chez le plus grand nombre, pour une minorité cela va de mieux en mieux.
On nous rebat les oreilles avec la libre entreprise, les capitaines d’industrie, les innovateurs, les entrepreneurs… En clair, ceux qui osent, qui prennent et savent prendre des risques, mais c’est se foutre du monde.
Qui prend des risques ? Le patron de Carrefour, qui licencié, parce qu’il ne tenait pas ses objectifs, touche 39 millions d’euros ou les salarié-e-s du même Carrefour qui sont obligé-e-s de faire grève pour obtenir des tickets restaurant d’une valeur d’un euro cinquante ?
Qui prend les risques ? Le patron qui fusionne, délocalise, restructure, ou le salarié à qui on propose de tout lâcher pour aller gagner 110 euros par mois en Roumanie ou à l’Ile Maurice ?
Ainsi, les salaires des grands patrons explosent chaque année pour atteindre des sommes indécentes, les revenus des actionnaires et les profits des entreprises battent chaque année tous les records.
A titre d’exemple, très révélateur, en 2003 les salaires des patrons des entreprises qui composent le CAC 40 ont progressé en moyenne de 10, 3 %. Le directeur de Vivendi gagnait plus de 22 millions d’euros, celui de Dassault plus de 21 millions et celui de L’Oréal plus de 20 millions, sans parler des stocks options, des différents avantages et autres remboursements de frais…
Certaines entreprises ont vu leurs bénéfices nets augmenter de plusieurs centaines de pour cent, atteignant parfois même plus de 600 % par rapport à l’année précédente et plusieurs milliards d’euros de profits, comme Total, par exemple, qui réalisait en 2004, 9 milliards 500 millions euros de bénéfices nets et il ne s’agit que de la première entreprise d’une longue liste.
Et il n’y a pas que les bénéfices des grandes entreprises qui se portent bien, pour ce qui est des hommes et des femmes ce n’est pas mal non plus.
Liliane Bettencourt, héritière de l’Oréal pèse 17, 2 milliards ; Bernard Arnault, groupe Louis Vuitton, Moêt Hennessy, LVMH, 17 milliards ; puis on trouve Serge Dassault, François Pinault… et au total ils sont quatorze à être milliardaires en dollars en France.
Alors un peu de décence ! Que l’on cesse de nous casser les oreilles avec les difficultés, la « crise », la concurrence. Leur guerre économique qui force à délocaliser, à fusionner, à précariser et à licencier. La crise est permanente pour certains, toujours les mêmes, et une excuse pour d’autres, toujours les mêmes également qui eux sont de plus en plus riches.

Il faut tout mettre en œuvre pour que les salarié-e-s avec ou sans emploi aient une réelle sécurité qui ne les forcent pas à accepter n’importe quel emploi à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions.
Mises bout à bout toutes les mesures d’urgences, de prises en charge, d’aides, n’ont d’efficacité que celle de maintenir une large part de la population dans un assistanat humiliant et destructeur et de développer la peur et les angoisses du lendemain sur la grande majorité de notre peuple.
C’est en réalité le système actuel qui coûte cher, économiquement, socialement et humainement.
Ce qui s’est passé dans les quartiers populaires n’est dû ni au hasard ni à une violence qui serait gratuite, il y a un déclencheur, mais ce qui surgit de partout, c’est l’humiliation, la discrimination, l’assignation à résidence, le mépris, le non droit, la non égalité et il s’agit bel et bien d’une question qui a directement à voir avec la lutte des classes.
Le déclencheur c’est évidemment la mort pour le moins étrange, louche même, et terrible, dramatique de Zyed et Bouna, des enfants de 15 et 16 ans, puis les déclarations de Sarkozy qui viennent après d’autres insultes sur les quartiers populaires et ses habitants.
Bien sur, le ras le bol de certains qui ont vu leur bagnole brûlée, une école du quartier partie en cendres est légitime, mais qu’en réalité ça râle plus pour les voitures que pour les enfants est pour le moins significatif de l’état d’esprit qu’ils ont réussi à nous enfoncer dans la tête.
La réactivation de la loi d’exception de 1955, justifiée alors par l’état de guerre, est aujourd’hui un moyen de semer la panique et de ne pas répondre sur le fonds, emploi, revenu, citoyenneté, logement, accès aux droits.
Cette loi qui permet tout aux forces de police et donne plein pouvoir au Ministre de l’intérieur, qui leur permet d’interdire certaines réunions s’ils jugent qu’elles ont un caractère subversif, alors que les violences et provocations policières sont sans nombre, et ça commence à se savoir, des films circulent sur Internet et sont édifiants.
Le taux de chômage est de 22 % chez les jeunes des quartiers populaires et de 43 % quand ces mêmes jeunes sont issus de l’immigration comme on dit, les services publics ont fui les quartiers, le lien social restant est le fait d’associations auxquelles ont a retiré quasiment tous leurs moyens.
Jamais la banlieue n’a autant méritée son nom, « le lieu du ban », donc de l’exclusion, là où on empile les autres, ceux qui sont différents, pauvres et étrangers, enfin d’origine étrangère, car la plupart des jeunes sont nés en France, ont des cartes d’identité françaises, sont allés à l’école de la république, font du sport, écoutent de la musique, rient et pleurent ici.
Malgré toutes les désinformations dont on nous abreuve ce qui s’est passé en banlieue était un mouvement social et non une guerre de bandes, de gangs, dirigés par de soi-disant caïd pour contrôler des quartiers, honnêtement qui aurait parlé des terribles injustices de ces quartiers sans leur intervention ?
Et puis il nous faut nous poser la question de a qui profite le crime ? Certainement pas aux jeunes qui sont par centaines en prison, 450 environ dont un pour 4 ans et la moyenne des peines prononcées est de 8 à 9 mois, non plus aux 120 étrangers qui sont expulsés parce qu’ayant participé de près ou de loin aux évènements.
Nous habitons pour la plupart en banlieue et il s’y passe des choses étranges, le Maire du Blanc Mesnil disait sous contrôle des pompiers (il y a enquête) que le gymnase incendié, parti en cendres en trop peu de temps pour que cela soit l’œuvre des jeunes.
Certains ont vu des voitures circulées dans les endroits où ça a pété pleines d’individus qui n’avaient rien a voir avec les jeunes des quartiers populaires, mais bien plus avec des militants d’extrême droite.
Nous regrettons que les questions centrales qui touchent au chômage et à la pauvreté ne soient pas plus et mieux prises en compte par les forces sociales et revendicatives, alors que nous sommes persuadés que ces questions sont le cœur de toute organisation sociale.
Nous pensons que le règlement des multiples urgences n’est pas une priorité mais un préalable et le chômage le point de départ de toutes ces urgences, qui se cumulent et se démultiplient, l’une entraînant l’autre dans la plupart des cas.
Ce qui se met en place pour les chômeurs, c’est plus de contrôle, plus de démarches, plus d’obligations, plus de stigmatisation avec les convocations, les radiations et les mesures coercitives qui encadrent le tout.
Le RMA est une forme de travail obligatoire ! Ce qui est dans les tuyaux c’est de remettre au boulot, à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions, essentiellement parce que cela fera baisser les chiffres officiels du chômage et que cela fournira de la main d’œuvre bon marché aux patrons.
Les « mesurettes » se succèdent par ailleurs, les CES, CEC, CIE, CAE, et tous les intitulés des soi-disant emplois qui figurent en nombre important dans le plan de cohésion sociale notamment le contrat nouvel embauche avec une période d’essai de 24 mois et les nouveaux CDD de 18 mois renouvelable une fois pour les personnes de plus de 55 ans, CIVIS, contrat jeune en entreprise, alternance, et autres contrats d’avenir instituent dans les faits les petits boulots, les petits revenus et par conséquent les petites vies. Ce ne sont que des cache- misères, terriblement inégalitaires.
Grands patrons et Ministres veulent donner l’impression de faire beaucoup et le résultat est là, rien n’y fait les chômeurs sont de plus en plus nombreux malgré les magouilles pour en faire baisser le chiffre artificiellement, les précaires se comptent par millions et les pauvres sont de plus en plus nombreux.
L’Unedic et l’ANPE ne veulent plus financer de formations qualifiantes et diplômantes. Les crédits pour la formation vont en priorité aux métiers pour lesquels le patronat a besoin de main d’œuvre conjoncturellement. Il s’agit en fait de ne pas permettre aux gens d’accéder à des formations choisies librement, ceci afin d’éviter que les emplois sous payés ne soient pas pourvus. De plus, ils incitent les demandeurs d’emplois à ne pas sortir de leur formation de base (même si cette formation est obsolète)
Alors que le chômage est organisé afin de faire pression sur l’ensemble de la société qui voit peu à peu tous ses acquis sociaux tirés vers le bas avant de disparaître complètement, si il n’y a pas de réponse à hauteur des attaques.
Malgré cela, depuis notre précédent congrès combien de femmes et d’hommes ont retrouvé un emploi grâce aux moyens mis à disposition dans les comités locaux et départementaux et à la confiance acquise par la socialisation du groupe, par la force du nombre ?
Combien de femmes et d’hommes ont obtenu le respect de leurs droits et vu l’annulation ou l’échelonnement des trop perçus Assedic parce qu’il y a eu mobilisation ?
Combien de femmes et d’hommes, de familles ont eu l’électricité remise ou non coupée parce que nous avons protesté, dénoncé, occupé, été reçus et parfois même nous avons créé des réseaux qui sont vigilants et interviennent ?
Combien de saisies et d’expulsions évitées ?
Combien de relogements rendus possibles ?
Combien de papiers et de régularisations obtenus ?
Combien de drames empêchés ?
Combien de confiance retrouvée ?
Voilà pourquoi nous existons, voilà pourquoi nous dérangeons.
Voilà pourquoi il nous faut agir comme la mauvaise conscience.
Voilà pourquoi nous sommes utiles !
Et voilà pourquoi il nous faut tenir le coup, exister, durer et malheureusement nous inscrire dans le temps et il risque d’être long ce temps où notre existence est nécessaire et même indispensable, même si notre objectif reste le même qu’il y a 18 ans, à la naissance de l’Apeis : Disparaître !
Mais disparaître parce que ce à quoi nous servons n’est plus et que nous ne sommes plus ni utiles ni indispensables, que les questions que nous soulevons sont réglées par le haut, pas parce que nous sommes en difficulté et que nous manquons cruellement de moyens et de militants.
Nous avons beaucoup moins de moyens qu’hier, tant en hommes et en femmes qu’en terme financier, cela nous force à avoir d’autres formes de fonctionnements dans lesquelles chacun s’implique un peu plus. C’est une nécessité impérieuse, vital, existentielle !
Nous pouvons avoir une vraie activité, efficace et réelle, sans beaucoup de permanents si chacun et chacune donne un peu cela peut faire beaucoup au bout du compte.
Parce que pas mal d’entre nous ont retrouvé un emploi, trop souvent précaire et insuffisant nous devons travailler autrement, si chacun donne chaque semaine une journée, voire une demi-journée tout reste possible et nous pouvons continuer de peser dans la vie politique et sociale.
Mais nous devons faire individuellement cet effort, il en va de la parole des plus fragiles, de leur représentation, de leur place ou non dans la société, de la prise en compte de leurs vies, c’est dire si le jeu en vaut la chandelle.

Logique mondiale

Et bien évidemment, c’est pire ailleurs ! L’espérance de vie est en moyenne de quinze ans de moins dans les pays dits en développement, (en réalité plus pauvres et même gardés dans la pauvreté volontairement par la banque mondiale, le FMI et l’OMC) qui se situent plutôt au Sud et à l’Est qu’au Nord et à l’Ouest.
Pour exemple : l’espérance de vie est en moyenne de 81, 3 ans au Japon contre 38, 2 ans au Swaziland ; le taux d’alphabétisation est près des 100 % dans les pays riches, même s’il y a de réelles disparités, et de 16, 5 % au Niger.
Le PIB est de 53780 dollars par habitant et par an au Luxembourg et de 470 dollars en Sierra Léone, soit environ 115 fois moins.
Au bas mot, un milliard 100 millions d’individus survivent avec moins d’un dollar par jour. Sur la dernière décennie la pauvreté s’est accentuée dans 37 pays sur les 67 qui sont étudiés.
Pour prouver, s’il était besoin, qu’il ne s’agit aucunement d’une question d’argent, il faut savoir que sur la planète les 1 % les plus riches ont autant que 57 % de toute la population mondiale !
831 millions de personnes souffrent de malnutrition chronique, 104 millions d’enfants en bas âge ne sont pas scolarisés ; plus de 11 millions d’enfants de moins de 5 ans meurent chaque année ; 1, 2 milliard sont privés d’accès à une source d’eau ; et prés de la moitié de la population mondiale est privée d’installations sanitaires convenables.
Il y avait en 2004 dans le monde, 691 milliardaires en dollars, soit 114 de plus que l’année précédente et leur fortune cumulée se chiffre à 2200 milliards de dollars, soit encore 300 milliards de plus en une seule année.

Leur trésor a augmenté au total de 15, 78 %.
Les Etats-Unis représentent la moitié de ces milliardaires ; l’Europe un quart ; l’Asie 11 % ; l’Amérique Latine 3, 76 % ; le Proche Orient 2, 6 % et l’Afrique 0, 4 % seulement, tous sud-africains.
Que dire des catastrophes dites naturelles comme il y a près d’un an avec le tsunami en Asie ?
C’est évidemment un terrible drame, que l’on aurait par ailleurs pu prévenir et tenter d’éviter en mettant des capteurs dans l’océan Indien comme il en existe déjà dans l’Atlantique et dans le Pacifique.
Mais la façon dont les médias, les politiques et les journalistes se sont déchaînés ressemble à du bourrage de crânes, à une sorte de mise en scène pour nous faire pleurer et donner le plus possible en jouant sur le seul registre de la compassion et, pire peut-être, de la pitié.
C’est pour le moins une attitude ambiguë car si cela révèle des possibles concernant la solidarité, le revers de la médaille semble être que cela se passe presque sur commande, sur mise en œuvre, en ondes et en images en tous les cas de la misère humaine qui n’a finalement ni calendrier ni frontières.
Un malheur ici est malheur là bas, et réciproquement, cela devrait être comme ça, mais ce n’est pas le cas, loin s’en faut, certaines vies valent plus, beaucoup plus, que d’autres.
Car quand on sait qu’un enfant meure de malnutrition toutes les 4 seconde, c’est-à-dire 30.000 par jour, le terrible tsunami représente malgré l’effroi que cela représente, moins de dix jours d’enfants qui succombent à la pauvreté dans l’indifférence ou au moins dans le silence des médias !
Il faut donc relativiser et ne pas réagir de façon épidermique, même s’il est plus que normal que nous ayons tous et toutes été choqués par ce drame terrible mais somme toute quasi-naturel, surtout quand on sait comment le capitalisme traite la planète sans respecter aucun équilibre et en la pillant dans la même démarche où il exploite les hommes et les femmes.
Pour ce qui concerne la malnutrition et les grandes épidémies, il suffirait de volonté politique pour que cela s’arrête très vite. Si les immenses richesses produites étaient mieux réparties et partagées sur la planète, un des plus atroces fléaux du quotidien pourrait ne plus exister.
Il est temps, urgent même que les citoyens du monde prennent conscience de ce qui se dessine au final contre les peuples, tous les peuples, même ceux qui dominent encore aujourd’hui le monde.
Il faut respecter l’environnement et l’environnement n’est jamais mieux respecté que quand on respecte les hommes et les femmes. Une fois les urgences les plus criantes réglées, il faut très vite réfléchir, ensemble, sans frontières, à ce qu’il y a à faire pour vivre mieux en préservant l’avenir, partout.
Le seul modèle de bonheur qui nous est présenté est celui de la consommation, même trop, même mal, mais consommation. Ce n’est heureusement pas l’horizon indépassable des possibles devenir !
C’est aussi pour ces raisons que nous devons développer les aspects démocratiques, y compris pour ce qui est de la production. Chacun doit avoir à dire, en fonction de sa place tant dans les choix de production et de répartition des richesses produites que géographiquement.
Car l’équilibre entre la planète, ses matières premières et les individus qui la peuplent sont plus que liés, cela doit se retrouver dans la gestion, à court, moyen et long terme, notamment par de nouveaux modes de productions et d’échanges équitables.

Comment et pourquoi lutter ? Avec qui ? Pour quels objectifs ?

Avant toute autre chose disons clairement que nous sommes prêts à travailler avec tous ceux qui vont dans le sens de la justice sociale, parce qu’il n’y a chez nous aucun esprit de chapelle et que ce qui importe c’est le rapport de force en faveur des hommes et des femmes que certains ont abandonné. Et sur ce terrain nous sommes bien loin d’être assez nombreux !
Nous sommes unitaires parce qu’il faut changer le rapport au pouvoir et donc au sentiment de domination ou de supériorité.
Nous sommes unitaires parce que nous apprenons toujours de l’autre, de celui qui a une autre construction que la nôtre.
Nous sommes unitaires car les divisions des organisations qui représentent les classes laborieuses coûtent cher en terme de lisibilité, de perspectives et de réelles alternatives qui ne soient pas qu’alternance comme certains nous le proposent de façon récurrente à chaque échéance électorale.
Nous sommes plusieurs organisations de chômeurs ou de lutte contre les exclusions parce que nous ne sommes pas identiques et ne voulons pas nous fondre dans un consensus qui ne respecterait pas les particularités et donc les richesses de chacun.
Travaillons ensemble sur ce que nous sommes respectivement !
Même si il faut le dire pour être tout à fait honnête, nous sommes intimement liés à notre organisation et à son indépendance car en 18 ans nous avons créé un début d’histoire et d’identité basé sur nos vies, nos rencontres, nos amitiés, nos amours, nos batailles, nos défaites et nos quelques succès.
Nous pensons que toutes les résistances se valent mais que pour les faire converger efficacement il s’agit d’être respectivement forts afin de ne pas réunir nos manques et nos faiblesses.
C’est pour cela que dans le cadre de la plus grande unité possible nous travaillons au développement et au renforcement de ce que nous sommes.
Il n’existe pas de hiérarchie du malheur, mais il nous semble que la question de l’emploi est au centre et souvent le point de départ de toutes les difficultés.
Nous n’avons pas vocation à devenir une organisation de masse. Notre volonté n’est absolument pas de nous institutionnaliser mais nous devons créer un rapport de force conséquent pour que le chômage soit réellement pris en compte et que toutes les formes de chômage soient correctement indemnisées.
Il nous faut être présent sur les questions qui nous concernent, et elles nous concernent toutes même si elles ne nous apparaissent pas toujours clairement comme partie prenante de nos vies et de nos avenirs.
Nous sommes du parti des dominés et des exploités et non des exclus comme certains nous rebattent les oreilles, en se donnant bonne conscience.
Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un processus, qui se nomme capitalisme et le terme exclu renvoie de fait à une forme de fatalité puisqu’il n’existe pas d’exclueurs, alors qu’il existe bel et bien des exploiteurs et des dominateurs.
Quand on sait les moyens dont on dispose, ou plutôt dont on ne dispose pas, il nous faut adopter la stratégie du moustique, piquer et partir.
Dès que nous sommes informé d’une injustice nous devons tout faire pour ne pas laisser faire, dire pour ne pas laisser dire. Nous devons être en colère, faire valoir notre droit à l’indignation et le faire savoir.
Nous devons créer les conditions pour qu’existe un rapport de forces et être nombreux à pouvoir peser sur les décisions prises, mais nous devons construire ce rapport de forces et pour cela pas besoin d’être à chaque fois très nombreux.
Ainsi quand les copains de Saint Denis, alertés par des chômeurs sur les coupures d’électricité, l’Apeis devient incontournable comme référent dans le collectif qui se crée autour de notre association avec de nombreuses forces associatives, syndicales et politiques.
Ainsi quand les copains de Gironde sont partie prenante d’une association qui a pour nom « Droit à l’énergie, stop aux coupures » qui regroupe des syndicalistes EDF et beaucoup parmi ceux qui se battent, l’Apeis tient son rôle.
Ainsi quand des copines de Villejuif vont occuper une banque qui refuse d’ouvrir des comptes (pourtant obligatoires) à des chômeurs ou à des hommes et des femmes ne disposant que des minima sociaux.
Ainsi quand des copains de Gentilly investissent la DDTE de Créteil contre les radiations qui ne cessent d’augmenter et plongent de plus en plus d’individus dans le désespoir le plus total.
Ainsi quand des militants de la Sarthe empêchent par leurs actions des expulsions locatives et permettent à de nombreux hommes et femmes de ne pas être complètement seuls car, il faut le dire, c’est souvent pire à la campagne que dans les grandes villes.
Ainsi quand les premières assignations contre l’Unedic concernant les « recalculé e s » sont déposées le 23 décembre 2003 à Bordeaux par l’Apeis de Gironde.
Nous appliquons déjà cette politique d’empêcheurs de ronronner dans cette société où la fracture sociale est devenue un véritable gouffre dans lequel on nous pousse, de plus en plus nombreux et de plus en plus vite.
Et si nous ne sommes pas là pour révéler l’état terrible de cette société, de la pauvreté qui y règne et de l’inégalité qui la régit, personne ne le fera à notre place.
Les chômeurs, les précaires et les pauvres ne sont traités qu’en terme statistique, qu’en courbes et qu’en pourcentages, au mieux de façon compassionnelle et caritative, jamais à égalité, comme de véritables citoyens, réellement égaux.
Malgré toutes les tentatives pour faire croire que les chômeurs et les pauvres se satisfont de leurs situations, que ce sont des profiteurs, toutes les études prouvent le contraire, quand on propose un CES à une femme ou à un homme au RMI, plus de 95 % l’accepte et ces chiffres viennent de rapports gouvernementaux tout à fait officiels.
Il convient d’être clair sur ce que nous revendiquons. Le travail est central, rien ne remplace le fait d’avoir une place, un rôle, une utilité sociale et cela passe un temps encore par l’emploi.
Mais l’emploi exploité, mal payé, ne servant que les intérêts du capital dont la volonté n’est d’embaucher qu’en fonction des carnets de commandes n’est pas la solution sur le long terme.
En tous les cas si nous voulons aller, vers une société cohérente ou l’individu s’épanouit dans, avec et aussi grâce au collectif.
A ce moment de notre réflexion nous sommes pour le maintien du salaire en cas de licenciement et pour une indemnisation au niveau d’un SMIC réévalué de toutes les formes de chômage, pour un droit réel à la formation, choisie par les chômeurs et payée par les patrons et contre un revenu d’existence.
Cela pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il nous semble qu’un revenu, qu’il se nomme d’existence, minimum ou universel n’est pas susceptible de gommer les inégalités et de donner à chacun un rôle.
Et les salaires, ils seraient comment ? Moindres en fonction de ce revenu s’il était fixe ? Seraient-ils les mêmes pour tous ? Ou bien celui qui aurait de l’argent par les injustes héritages aurait moins ou pas du tout de ce revenu ?
Une autre vraie question, à qui le donner sur la planète ?
Aux six milliards de femmes et d’hommes, ce qui serait donc un revenu universel ou seulement aux habitants des pays industrialisés, en capacité sous contrainte d’un rapport de forces, de faire céder les gouvernements ?
Et ces pays riches, ne le sont-ils pas riches parce qu’il y a eu l’esclavage, le colonialisme et que l’exploitation, le saccage même des pays dits en développements (disons plutôt pauvres et surtout du Sud) continue avec les FMI, OMC et autre banque mondiale ?

Et puis comment aborderons nous les questions de l’emploi ? Il y aura toujours des boulots peu valorisants. Qui les effectuera, dans le très hypothétique cas d’un revenu suffisant qui ne serait pas lié au travail. On fera venir des hommes et des femmes d’ailleurs pour qu’ils travaillent pour nous ?
Nous sommes par contre d’accord avec ceux qui pensent que les richesses d’aujourd’hui nous sont communes, tant elles révèlent que nos mères et nos pères, nos grands-mères et nos grands- pères ont sué sang et eau, on ne peut continuer dans ce système qui voit tant de richesses accaparées par quelques uns.
Alors prenons les entreprises, abolissons l’héritage, instaurons la gratuité réelle et égale pour la santé, les transports en commun, les cantines scolaires.
La difficulté à obtenir du capital des conditions décentes d’existence ne doit pas nous conduire à des solutions d’évitement, ni même d’aménagement de ce système qui chaque minute prouve sa férocité.
Ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut revoir nos revendications et aspirations à la baisse. Il nous faut au contraire maintenir notre exigence d’égalité et de cohésion de l’ensemble de la société, afin de semer pour développer ou inventer les conditions d’autres possibles.
Par exemple sur le mode d’organisation, plusieurs paramètres sont à prendre en compte, car dans le même temps où nous dénonçons la situation actuelle il nous faut également faire des propositions novatrices et originales
Il faut inventer un travail dans lequel les tâches gratifiantes et ingrates seraient assumées et assurées par tous et par chacun.
Ce n’est pas une utopie si la volonté est de foutre en l’air le capitalisme qui crée autant de barbarie et de pauvres que de biens de consommation et de profits.
Ce n’est pas parce que nous ne parvenons pas à convaincre suffisamment aujourd’hui pour commencer à changer les choses, que nous ne réussirons pas à le faire demain.
Encore faut-il que nous soyons là, disponibles, avec des propositions.
Nous avons, lors de notre dernier congrès mis en place une autre forme de démocratie et de partage de la représentation (et par conséquent du pouvoir), en faisant de chacun des membres du bureau national un porte parole à égalité, ce qui signifie autant de droits que de devoirs.
C’est long à mettre en place tant nous sommes habitués à certaines formes de fonctionnement. Cela marche déjà en partie car il nous semble indispensable de commencer à changer le rapport au pouvoir, et faire en responsabilisant le plus possible de copines et de copains un réel travail d’éducation populaire.
Nous avons également abordé à plusieurs bureaux nationaux la question de l’adhésion et de la cotisation. De plus en plus de femmes et d’hommes adhèrent à l’Apeis parce qu’ils y trouvent un espace d’expression politique et revendicatrice.
Nous devons donc décider de travailler sur la question de la cotisation, étroitement liée à celle de l’adhésion qui doit être partout et a chaque fois proposée.
Et rien n’empêche un adhérent( e ) ou un sympathisant ( e ) de verser les sommes qu’il (elle) souhaite quand il le souhaite.
Nous ne sommes pas une association d’aide ou de soutien aux chômeurs mais une association de chômeurs. L’adhésion et la cotisation sont donc parties prenante de ce que nous sommes et cela pour deux raisons :

• La première est financière. Nous ne sommes pas en capacité de nous priver de revenus, qui, cumulés, peuvent représenter des sommes conséquentes que nous ne touchons pas par ailleurs puisque nous ne sommes pas une association publique ou para publique.

• La seconde concerne le sentiment d’appartenance à un groupe, un collectif, une association, qui passe par l’effort de l’acte volontaire que représente la cotisation.
Nous avons des moyens de faire savoir ce que nous pensons, envisageons, proposons et faisons, grâce à notre journal Existence ! et à notre site Internet qui est de plus en plus visité.
D’abord notre journal. Il n’est pas assez vendu et nous ne réalisons pas assez d’abonnements, non que ce soit difficile mais parce que nous ne faisons pas suffisamment l’effort. Pourtant à chaque fois que la démarche est faite ça marche, les gens à qui on le propose l’achètent et s’abonnent.
Ce n’est pas le hasard quand une organisation nous propose de mettre en commun notre journal. Aucune association de chômeurs, mais également des « sans » ni certaines organisations syndicales n’ont un journal de cette qualité et de ce poids politique.
Alors comme nous le disons depuis 1999, année de sa naissance, il est améliorable. Si son contenu ne convient pas aux militants, il suffit de le dire, de participer aux comités de rédaction et de faire des propositions, mais de ne pas le vendre suffisamment, en tous les cas au niveau du possible, sans faire de propositions est une bien étrange attitude pour un militant.
Pour ce qui est de notre site Internet, c’est un peu la même chose. Les comités locaux doivent l’alimenter régulièrement sur leur histoire et leur actualité.
Pourtant malgré notre manque de travail sur cette question de la communication il y a chaque jour plusieurs centaines de personnes qui se connectent sur notre site, qui y cherchent des renseignements, qui se tiennent informées.
Dans cette société de l’information expresse, aussitôt avalée aussitôt digérée, chaque homme ou femme qui vient sur le site pour une raison ou pour une autre aura des informations et des arguments à défaut de réponses quant à son propre chômage ou à sa propre situation.
Dans chaque comité local nous devons faire savoir que ce site existe. C’est le moyen d’informer directement celles et ceux qui en ont besoin.
Bien évidemment chacun n’a pas accès à Internet, cela ne suffit donc pas, c’est un plus, un complément pour que le plus possible de monde soit touché.
Ce qui doit motiver nos interventions c’est la colère et notre droit à l’indignation et à l’intervention dès qu’une injustice se fait jour. Faire pour ne pas laisser faire, dire pour ne pas laisser dire !
Pour intervenir il n’y a pas besoin d’être très nombreux il suffit d’être décidé, en faisant vivre notre colère face aux multiples et terribles injustices.
Ne pas laisser faire c’est dire à ceux qui souffrent le plus et qui ont l’impression, parfois à juste titre, d’être abandonnés de ne pas nourrir le sentiment de fatalité et d’indifférence.
Ne pas laisser faire c’est permettre à tous ceux qui ne supportent pas ce qui se passe et à qui il manque les clés de la compréhension de pouvoir participer, de démontrer que certains résistent et que nous pouvons parfois, avec de la détermination, dénoncer et même emporter le morceau.
Nous devons, dans le même temps où nous sommes revendicatifs et radicaux parce que la réalité, le vécu, les vies en miettes le convoquent, être utiles au sens non utilitaire du terme car nous ne sommes pas une association de services aux chômeurs mais une association de chômeurs.
Nous ne sommes pas une de ces quelconques entreprises d’insertion qui ont malheureusement les résultats que l’on connaît, un peu comme ces boîtes de formation plus ou moins bidon qui cherchent des subventions.
Pour en faire quoi de ces subventions ? Pour faire avancer quelle idée ? Dans quel but ? Avec quel objectif ? _ Ce sont les seules questions qui vaillent la peine d’être posées, est-ce que cela contribue à changer la vie des hommes et des femmes ou cela sert-il seulement à masquer l’ampleur des problèmes que nous devons affronter ?
Nous intervenons prioritairement sur les questions du chômage, véritable déclencheur de toutes les inégalités, mais tout étant lié nous sommes concernés par ce qui touche à la vie dans son ensemble, de celles et ceux qui ne comptent pas, tant dans le domaine du logement, que dans celui de la santé, mais aussi sur la régularisation des sans papiers, les transports, les vacances, la culture et les loisirs…
Nous continuerons sans cesse d’inventer de nouvelles formes d’expressions et d’interventions, en tous lieux afin d’attirer l’attention, la curiosité, le regard, la réflexion de l’opinion publique et de permettre la réappropriation de moyens et de confiance pour celles et ceux qui y participent.
Tant qu’il n’y a pas de réelle égalité basée sur le droit, sur les droits, ce qui est à l’œuvre est un système de privilèges quelle que soit la façon dont on fait passer la pilule.

Quelle Unedic nous voulons ?

D’abord nous savons que le meilleur moyen de lutter contre la précarisation généralisée de l’ensemble de la société et de l’appauvrissement qui l’accompagne est d’indemniser décemment toutes les formes de chômage.
Cela ne pourra se faire sans un changement radical de l’Unedic dans ses dimensions démocratiques, de cotisations et d’indemnisation.
Sur les questions liées à la démocratie et donc au paritarisme, il est temps, plus que temps, que les associations que se sont données les chômeurs soient consultées sur les questions qui les concernent directement.
De plus, il conviendrait d’élargir le paritarisme à d’autres syndicats interprofessionnels comme le Groupe des 10 solidaires, la FSU ou encore l’UNSA.
Le système actuel de cotisations ne sert en rien le retour à l’emploi.
L’Unedic fonctionne aujourd’hui dans le seul intérêt du patronat. La première chose à changer est donc la base de cotisations et ne plus prendre en compte que la seule masse salariale ce qui dans les faits favorise les patrons qui licencient ou précarisent.
En 25 ans les richesses ont augmenté de 70 % avec une masse salariale qui a baissé de 10 %.
Nous préconisons l’élargissement de l’assiette de cotisation par notamment, l’instauration d’un système évolutif qui favoriserait les entreprises qui créent ou maintiennent des emplois stables, correctement rémunérés et qui pénaliserait de façon dissuasive les entreprises qui précarisent, licencient et délocalisent pour accroître leurs marges.
Les cotisations doivent également prendre en compte les bénéfices et profits des entreprises qui continuent d’augmenter pendants les licenciements.
Il faut donc mettre en place une véritable sécurité sociale de l’emploi qui fasse payer les licencieurs, ceux qui se servent du chômage et de la précarité comme variable d’ajustement de leurs profits.
Modifier les règles démocratiques et élargir l’assiette de cotisation permettraient une indemnisation de tous les chômeurs, de toutes les formes de chômage sur la base du SMIC et créerait les conditions d’un retour durable vers des emplois qui permettent de vivre dignement.
Au final ce système coûterait beaucoup moins cher à la société et beaucoup plus cher à ceux qui profitent largement du système actuel.
Nous considérons que ces questions concernent l’ensemble du monde du travail, nous sommes donc partisans de la tenue au plus vite, avec tous les mouvements sociaux, d’assises nationales contre le chômage et la précarité.

Nos revendications !

La première de nos revendications est évidemment d’avoir un emploi correctement rémunéré et socialement utile.
Par défaut nous revendiquons l’indemnisation décente de toutes les formes de chômage avec comme référence le SMIC, ainsi que le changement des règles à l’Unedic tant sur le financement que sur la représentation.
Par défaut encore, le relèvement des minima sociaux : immédiatement aucun revenu sous le seuil de pauvreté pour aller vers le SMIC.
Un revenu d’autonomie pour les jeunes qui sont aujourd’hui privés de tout revenu.
Une véritable réponse aux multiples urgences.
L’interdiction des expulsions, droit et accès au logement pour toutes et tous.
L’interdiction des saisies et des coupures.
Le droit aux cantines, aux crèches, aux centres aérés et aux garderies pour tous.
La gratuité réelle et sans stigmatisation des transports pour les chômeurs et les précaires.
L’accès à la culture, aux loisirs et aux vacances.
Le droit et l’accès à la santé pour tous. Il convient afin d’y parvenir d’élargir les critères d’attribution, ce qui est par ailleurs valable pour toutes les prestations sociales.
Il faut absolument faire la différence entre les revenus et les ressources et se baser sur le reste à vivre, une fois donc que les frais fixes sont retirés des revenus.
Agir avec l’ensemble des femmes et des hommes concerné-e-s pour la RTT à 28 H à semaine sans flexibilité, avec maintien du salaire et avec embauches. C’est la réalisation du principe travailler moins pour travailler tous.
Nous demandons également que les allocations et prestations sociales soient attribuées à titre individuel et non comme c’est le cas aujourd’hui, en prenant en compte les revenus de la famille.
Cette situation favorise d’une part le sentiment et d’autre part la réalité de dépendance de l’un des deux conjoints avec les problèmes de non autonomie qui se greffent dans les couples et les familles.
Dans l’attente nous exigeons une allocation exceptionnelle de fin d’année d’un montant de 600 euros pour tous les chômeurs.
Nous sommes pour l’interdiction des licenciements ; pour un vrai droit à la formation tout au long de la vie.
Et comme nous sommes concernés par les questions de société, par toutes les questions, nous revendiquons ; la régularisation de tous les sans papiers et le droit de vote de tous les immigrés à toutes les élections.
Nous devons modestement, à notre niveau, aider à développer la volonté et l’exigence d’autres rapports sociaux, d’un autre partage des richesses, de l’éradication de la pauvreté et de la misère, d’une réelle égalité de droit et de traitement.
Nous réclamons un statut de la citoyenneté pour les associations afin que soit reconnu le travail militant.
S’occuper d’une association demande souvent beaucoup de temps et d’investissement et comme les subventions ne nous permettent pas de fonctionner, il faut un statut qui prenne en compte tout le travail social fait par les associations et notamment la validation des acquis.
Quelques mots enfin sur nos moyens de communiquer, de faire savoir ce que nous vivons et ce que nous voulons.
Le meilleur de ces moyens est sans conteste possible notre journal Existence ! Il est le seul journal de chômeurs qui refusent la fatalité et qui prennent la parole.
Cela fait maintenant 6 ans qu’il existe et nous en sommes au 31° numéros. C’était un pari impossible que nous avons rendu réel et donc possible, ce n’est pas rien.
Et pourtant nous sommes à des années lumières de ce qu’il serait possible de faire si chacune et chacun jouait le jeu sans esprit de boutique, sans se contenter d’être mécontent sans faire ce qu’il faut pour devenir fier d’avoir le seul journal qui se positionne sur des questions aussi importantes que celles que nous portons.
Pour être plus clair encore, si chacune et chacun faisait l’effort de proximité directe c’est-à-dire si dans chaque comité un copain ou une copine proposait des abonnements, nous pourrions relativement vite assurer la pérennité de notre journal.
Si vous saviez le nombre de messages, de courriers, d’abonnements que nous recevons en direct nous félicitant de nos actions et initiatives, cela nous ferait peut-être nous rendre compte du travail accompli.
Pour ce qui est d’Internet, les choses sont évidemment différentes car tous les comités n’ont pas accès à un abonnement qui permette de faire vivre le site.
Mais notre site existe depuis un an et 50.000 visites ont rythmé cette année écoulée, sans grande publicité. Il est donc temps de tout mettre en œuvre pour que chaque Apeis ait Internet et donne aussi une ou plusieurs pages de présentation du comité, avec histoire, fonctionnement et actions à venir.
Trop de femmes et d’hommes sont encore privés d’Internet mais c’est un plus quantitatif dont nous ne pouvons nous passer, d’ailleurs ce n’est pas ou Existence ! Ou Internet, ou aller à la rencontre des chômeurs dans les Assedic et les ANPE, c’est tout ensemble que nous devons faire.
Il ne s’agit pas toujours de faire plus mais de faire mieux, de s’appuyer sur les compétences particulières de chacun de nos militants. C’est aussi le moyen de les intégrer au groupe, d’en faire des membres du collectif.
Nous vivons une expérience inédite. Nous sommes en état de légitime résistance, personne ne fera à notre place ce dont nous avons besoin, alors bien évidemment c’est dur, mais nous n’avons pas le choix.
Nous ne pouvons accepter que par millions nous soyons écrasés, sacrifiés, niés jusque dans notre identité et notre égalité.
Nous voulons exister individuellement et collectivement !
Et pour parvenir à envisager une société dans laquelle chacun-e ait un rôle et une utilité cela ne peut partir que de nous et non de certains qui feraient pour nous, à notre place, cela ne marche pas et ne marchera jamais.
Au moment du Forum Social Européen nous l’avons dit : Mais ils sont où ceux pour qui on veut changer le monde ?
Et là nous sommes au cœur du débat politique et social, au centre du rapport de forces.
Nous n’avons pas besoin de charité, nous rejetons le caritatif même si beaucoup d’entre nous en ont besoin pour survivre.
Nous préférons lever le poing, tendre la main, plutôt que d’être contraint de faire la manche.
C’est l’espoir, la reprise de dignité et de citoyenneté, la solidarité, la confiance retrouvée, qui sont moteurs et non le sentiment d’impuissance, la résignation et la reproduction des formes de domination.
Aujourd’hui nous sommes toutes et tous convoqués par le réel. Lorsque l’on se bat on n’est pas sûr de gagner, mais lorsque l’on ne se bat pas on est sûr de perdre !


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