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L’Humanité (tribune libre) - La vérité sur les chiffres du chômage

Jacques Chirac vient d’annoncer la énième baisse du chômage, qu’en est-il réellement ?


Pour être comptabilisé dans les 2 129 300 chômeurs qui sont annoncés en France, il faut être :

• privé d’emploi inscrit à l’ANPE ;

• totalement disponible pour rechercher un emploi à temps plein en CDI.

Ne font pas partie des statistiques :

• Toutes les personnes à la recherche d’un emploi en CDD où à temps partiel ;

• Toutes les personnes en formation ou en maladie ;

• Les personnes occupant un emploi intérimaire, en CDD ou à temps partiel et recherchant un travail en CDI à temps plein ;

• Le tiers des personnes au RMI non inscrites à l’ANPE (400 000 personnes) ;

• Les dispensés de recherche d’emploi (âgés de 57,5 ans ou plus) ;

• Les personnes non inscrites comme à la recherche d’un emploi, dont il est difficile de dégager une statistique (sans domicile fixe, titulaire des minima sociaux autres que le RMI où l’ASS, personnes sans droit à allocation, conjoint(e) sans ressource, les jeunes de moins de 25 ans).

En 2006, le nombre de chômeurs (ses) en France atteint très certainement six millions d’individus (10 % de la population totale, 20 % de la population active).

Pourquoi une telle manipulation des chiffres ?

Pour nous faire croire que les directives gouvernementales prises ces dernières années, sont favorables à une reprise de l’emploi.

Sans ignorer le contexte démographique favorable à une reprise de l’emploi, la baisse des chiffres du chômage résulte en grande partie de l’augmentation des emplois aidés et donc précaires et de la forte augmentation du nombre de radiations. Pour preuve, en 1995 on enregistrait 5 000 radiations mensuelles, en 2006 entre 35 000 et 40 000. Pour les premiers six mois de l’année 2006, 100 000 emplois ont été créés tandis que les chiffres du chômage ont baissé de 300 000.

En vérité les gouvernements qui se sont succédé depuis trente ans n’ont pas voulu régler la question du chômage. Celui-ci n’est plus comme dans les années soixante, un accident de parcours, mais bel et bien un des paramètres principaux de l’équation patronale de réduction du « coût de travail ». Voilà comment nous sommes passés des trente glorieuses aux trente piteuses. Le système d’indemnisation des chômeurs et la peur du chômage ont servi à inverser le rapport de force intra et extra muros des entreprises et à précariser l’ensemble de la société.

Comment cela a-t-il été rendu possible ?

Depuis 1958, c’est l’UNEDIC et donc les « partenaires sociaux » qui gèrent l’indemnisation du chômage. Dans ces instances, les syndicats de salariés représentent les privés d’emploi. Mise à part la CGT, aucun n’a fait l’effort de les organiser. Comment représenter des gens qu’on n’organise pas ? Les cotisations sont uniquement basées sur la masse salariale des entreprises (pourcentage sur l’ensemble des salaires versés).

Plus une entreprise génère de la précarité et du chômage moins elle cotise pour son indemnisation. A contrario, plus une entreprise crée de l’emploi, paye correctement ses salariés et plus elle cotise à l’assurance chômage. L’UNEDIC sert donc les intérêts du patronat au détriment de l’ensemble du monde du travail. En 48 ans « les partenaires sociaux » n’ont pas souhaité, su ou voulu inverser cette logique, et mis à part la CGT qui n’a jamais accepté une réduction des droits et FO dans la dernière période, tous ont signé avec le MEDEF. C’est parce qu’ils n’ont pas voulu s’attaquer à cette logique qu’on a vu dans les années quatre-vingt, la création des minima sociaux, l’Allocation spécifique de solidarité en 1982 (ASS), le Revenu minimum d’insertion en 1988 (RMI).

C’est parce qu’ils n’ont pas voulu s’attaquer à cette logique que l’UNEDIC n’indemnise plus que 45 % des chômeurs, avec une allocation moyenne de 800 euros.

C’est parce qu’ils n’ont pas voulu s’attaquer à cette logique que les riches sont de plus en plus riches et que les pauvres sont de plus en plus nombreux et de plus en plus pauvres.

En 25 ans nous avons créé en France 70 % de richesse en plus avec une masse salariale qui a baissé de 10 %. C’est donc volontairement que les déficits de l’UNEDIC ont été creusés, alors qu’un simple rééquilibrage dans le partage des richesses permettait de répondre à tous les besoins. On nous a imposé un partage de la misère en utilisant les plus fragilisés comme bouc émissaires afin de faciliter des reculs en terme de droits (ceux des chômeurs et ceux des salariés). Combien de salariés ont revu leur prétention salariale et leurs conditions de travail à la baisse parce qu’il y a 6 millions de chômeurs ?

Un gouvernement qui voudrait s’attaquer réellement et efficacement au chômage, commencerait en concertation avec « les partenaires sociaux » et les organisations de chômeurs à modifier la logique en place à l’UNEDIC. Il élargirait l’assiette de cotisation en taxant la plus-value des entreprises et les transactions boursières, en instaurant une modulation de cotisations qui favoriserait les entreprises créant des emplois stables et pénaliserait fortement les entreprises qui génèrent précarité et chômage.

Une baisse significative du temps de travail qui n’engendrerait pas flexibilité accrue et annualisation du temps de travail et une sécurisation des parcours professionnels pourraient être des outils efficaces afin que chacun puisse retrouver une place et un rôle dans la société.

Nous devons donc intervenir à tous les niveaux pour que nos enfants vivent mieux que nous. Cela passe par une politique qui ferait de l’être humain une finalité plutôt qu’un moyen.

Par Patrick Gimond, porte-parole national de l’APEIS.


Le Web de l’Humanité : La vérité sur les chiffres du chômage - Article paru le 8 novembre 2006

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