Dans exclusion il y a une forme de fatalité puisqu’il n’existe pas d’« exclueurs », c’est pourquoi nous « préférons » exploités ou dominés parce qu’il existe des exploiteurs et des dominateurs qui érigent leurs choix en lois. Puisque je suis l’invité, je voudrais revenir sur une question qui illustre assez bien la situation : les mouvements sociaux de novembre et décembre derniers dans les quartiers populaires, les banlieues, lieux du bannissement, déjà tout un programme. Parce que, tout de même, se laisser embarquer dans cette panique de l’insécurité, c’est louper pour le coup les causes et ne s’intéresser qu’aux effets. La première des insécurités est sociale, pas d’emplois, pas de logements, pas de revenus, pas d’égalité, pas de papiers, pas de droits. Les formes de la révolte ne font pas partie de celles que nous connaissons quand on est militant, mais le désespoir pousse à tout. Quand les « Cellatex », sans perspectives, abandonnés, ont menacé de polluer toute une région, nous savions que ce n’était pas une solution mais nous les avons soutenus, du moins je l’espère. Pourquoi n’en serait-il pas de même quand des jeunes stigmatisés, contrôlés sans relâche, sans perspectives, abandonnés dans des quartiers où même les services publics ont souvent pris la tangente ?
Ils se sont exprimés avec ce qui est leur environnement, avec ce qu’ils identifient comme les signes de l’intégration, véhicules qu’ils n’ont pas, écoles qui leur rappellent leur échec...
Et puis tout de même qui se soucie
des banlieues, des jeunes, des quartiers populaires ? Personne, sauf quand la révolte prend finalement les formes de la révolte, quoi d’autre ? Et puis les jeunes
ont de tout temps été remuants, la différence, c’est qu’avant il y avait des emplois et que ce n’était pas pari impossible de trouver un logement, que la panique du devenir n’était pas aux commandes. Au nom de la sécurité, nous ne pouvons demander aux victimes d’accepter une situation qui les condamnent à ne pas avoir d’avenir. Surtout, ne nous laissons pas embarquer dans cette spirale de la peur, et donc de l’individualisme, parce que, pour ce qui est des sans-papiers, c’est les mêmes mécanismes : on montre du doigt celles et ceux qui seraient les responsables de nos situations, alors que, dans le même temps, toutes les études sérieuses disent et redisent qu’il y a besoin des immigrés pour faire tourner la machine économique. Pour finir la semaine, nous verrons qu’il y a de l’espoir, que tout est possible, et qu’il nous suffit de ne pas accepter l’inacceptable, allez bonne journée.
Philippe Villechalanne Président de l’Association pour l’emploi, l’information, la solidarité des chômeurs et des travailleurs précaires



