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En prison pour des papiers

M. K. d’origine zaïroise, a été condamné à 3 mois de prison pour non renouvellement de sa carte de séjour de dix ans, alors qu’il réside en France depuis 18 ans et qu’il a une fille de 15 ans née ici. Cette décision cause des dégâts irréversibles à sa vie personnelle et professionnelle.


Je suis venu en France jeune, à 22 ans, je me suis marié, j’ai eu ma fille en 89, aujourd’hui elle va avoir 15 ans, j’ai d’autres enfants, j’ai créé des sociétés, j’ai pas mal travaillé. Mais il y a des lois qui changent du jour au lendemain, surtout quand on est un immigré.

Je me suis retrouvé en prison pour les papiers, ma carte ayant expiré en l’an 2000. J’ai essayé de faire les démarches, j’attendais des réponses du préfet, on m’a contrôlé et je n’ai pas pu justifier de mon identité en cours, et voilà, trois mois en prison. J’avais laissé dehors ma société, mon travail, j’ai perdu tout ça d’un seul coup.

J’ai fait le bilan de ma vie en prison. C’est là que je me suis dit « tu as 40 ans, qu’est ce que tu as pu faire pendant plus de vingt ans en France, à part les enfants, qu’est ce que tu vas leur laisser pour les années à venir ? ». Je me suis interrogé parce que j’ai commencé à avoir peur de moi-même, de la vie, de l’avenir de mes propres enfants. Je me demande ce que je peux leur laisser comme héritage. Dans mon propre pays je n’ai rien, ici je n’ai rien, je vois que je suis dans une impasse totale.

Le système fait que des gens comme nous, qui sont restés dans un pays pendant plus de 20 ans, qui y sont attachés, qui ont travaillé, se retrouvent tout à coup sans papiers parce qu’on n’a pas pu renouveler leur carte, deviennent clandestins alors qu’ils sont venus avec un visa officiel. C’est très difficile à supporter. J’ai un sentiment d’injustice vis à vis d’un système.

J’aimerais d’abord retrouver des papiers, et pouvoir partir dans mon pays pour donner le meilleur de moi-même à d’autres générations. Il me reste quelques années, je veux avoir un bon projet, et le réaliser. Certains ont passé 40 ans dans ce pays, certains ont honte de retourner chez eux parce qu’ils n’ont plus rien, ici et là bas : II faut trouver d’autres manières d’équilibrer les choses. Ce n’est pas en serrant la vis qu’on change les choses. Les dirigeants ne savent pas ce qui ce passe en bas. Aujourd’hui avec le métissage, avec une nouvelle génération, ce sont des pères et des mères qui sont nés ici, aujourd’hui on a compris beaucoup de choses.

M K. Mai 2004.
Propos recueillis par Gilles Pâté


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