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Emploi à tout prix ? Travail à tout prendre !

Les chômeurs viennent de remporter une victoire historique : 856.700 chômeurs à qui l’Unedic avait supprimé en moyenne sept mois d’indemnisation, alors même qu’ils avaient cotisé, ont été réintégrés dans leurs droits.
Mais personne n’en parle, ou si peu, en tous les cas pas à la mesure de ce que cela représente en ces temps où les avancées pour les salariés se comptent sur les doigts d’une seule main. Il nous semble que cela révèle ce que l’ensemble de la société entretient comme rapport avec le chômage mais surtout avec les chômeurs.


La façon dont sont traités les chômeurs étonne, surprend, choque. Force est d’admettre que ce n’est pas seulement là le fait des institutions, mais également celui de la société.
Bien évidemment il y a la façon dont est traité le chômage, mais c’est là une autre question, liée bien sûr… quoique ?
Près de 5 millions de chômeurs, la précarité qui tend à devenir la norme en matière d’emploi, des millions d’entre nous en deçà du seuil de pauvreté…
C’est devenu chose courante, presque banale, de se retrouver au chômage, sans place, sans rôle, sans utilité sociale, dans la pauvreté ou la misère. La fatalité pèse lourdement et puis on souffre de plus en plus dans son emploi, et les conditions de salaire et de travail ne cessent de se dégrader, alors les chômeurs…
Quand on tombe au chômage, souvent parce que des actionnaires l’ont décidé, on pense que grâce à son expérience, à son savoir-faire, à ses compétences, on va en retrouver du boulot et par-là même, on a tapi au fond de soi, même inconsciemment, que si on veut on peut, qu’il y en a qui doivent se laisser vivre, qui profitent de la solidarité nationale, etc.
Et puis les non réponses aux centaines de lettres de candidatures, les portes qui se ferment ou qui ne s’ouvrent même plus, les entretiens de politesse parce que l’emploi n’est déjà plus disponible, les coups de fils, les attentes, les queues, les déplacements, les convocations et les contrôles, au bout d’un certain temps ça use, ça décourage, ça frustre, ça pousse à la résignation.
D’autant que cela concorde souvent avec la diminution des moyens financiers, avec les prises de becs dans son couple, avec les problèmes de la représentation, pour ne pas dire d’autorité avec ses enfants, c’est le moment où tes proches te disent : « Tu es sûr que tu fais tout ce que tu peux ? » « Que tu ne mets pas la barre trop haut ? ». « Que tu t’y prends bien ? ».
Vient ensuite le temps des minima sociaux, des revenus indécents dans cette société où tout coûte cher, très cher, trop cher, y compris l’indispensable, le temps également des pathologies directement liées au chômage, les problèmes dentaires et ce qui va avec quant à l’image que l’on renvoie.
Les chômeurs sont plus nombreux qu’une population du même âge et de même qualification à éprouver des insomnies (19 contre 5), à se sentir sous tension (23 contre 11), à être déprimés (34 contre 9), à perdre confiance en eux (20 contre 4), les risques de mortalité sont multipliés par trois. (1)

Le tour de force du Medef est d’avoir en partie réussi à faire en sorte que les victimes se sentent coupables de leur situation, ou soient en tous les cas désignées en tant que tels.

La plupart d’entre nous vivent avec la peur rivée au ventre, peur du chômage, peur de ne plus faire face, peur de ne pas y arriver, peur de se retrouver comme ces personnes sans domicile fixe que l’on croise ou qu’on enjambe même parfois.

Plusieurs sentiments se côtoient et se heurtent, la peur bien sûr, mais aussi le sentiment d’impuissance, la fatalité, la honte de ne pas pouvoir ou savoir intervenir, de laisser faire, comme si ne rien faire nous mettait individuellement à l’abri de cette descente aux enfers, qu’il faudrait accepter « cela » pour d’autres afin de se protéger.

Il nous semble que c’est une erreur grave, que nous paierons collectivement : ne rien faire aujourd’hui c’est contribuer à être condamné soi-même demain, car il s’agit d’une logique qui en épargnera peu.

Cette logique n’est pas le fruit du hasard, il s’agit d’une lutte, âpre, entre ceux qui détiennent et ceux qui n’ont pas, c’est pour cette raison que le terme d’exclu ne fait pas partie de notre vocabulaire.
Nous préférons parler d’exploités car il y a des exploiteurs, d’opprimés car il y a des oppresseurs, alors qu’il n’y a pas d’exclueurs et que finalement la notion d’exclu nous renverrait à une forme de fatalité.
Dans ce marécage social, économique et politique, il y a ceux qui sacralisent l’emploi, le plein emploi et « la sacro-sainte » croissance et ceux qui rejettent toute forme d’emploi. Au milieu, il y a nos vies et nos survies.
Il n’existe pas de capitalisme social, il ne s’agit à chaque fois que de rapport de forces et de volonté politique : quand les travailleurs ont obtenu des avancées, ils les ont toujours arrachées. Jamais les patrons n’ont d’eux-mêmes partagé les richesses.
La difficulté à obtenir du capital des conditions décentes d’existence ne doit pas nous conduire à des solutions d’évitement, ni même d’aménagement de ce système qui chaque minute prouve sa barbarie.

A ce moment de notre réflexion, nous sommes pour le maintien du salaire en cas de licenciement et pour une indemnisation au niveau du SMIC de toutes les formes de chômage ; pour un droit réel à la formation, choisie par les chômeurs et payée par les patrons.
Et contre un revenu d’existence.
Cela pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’il nous semble qu’un revenu, qu’il se nomme d’existence, minimum ou universel n’est pas susceptible de gommer les inégalités et de donner à chacun (e) un rôle.

Les salaires, ils seraient comment ? Moindres en fonction de ce revenu s’il était fixe ? Seraient-ils les mêmes pour tous ? Ou bien celui qui aurait de l’argent par les injustes héritages aurait moins ou pas du tout de ce revenu ?

Une autre vraie question, à qui le donner sur la planète ? Aux six milliards de femmes et d’hommes, donc un revenu universel ? Ou seulement aux pays industrialisés, en capacité sous contrainte d’un rapport de forces, de céder ?

Et ces pays riches, ne le sont-ils pas riches parce qu’il y a eu l’esclavage, le colonialisme et que l’exploitation, le saccage même des pays dits en développement, disons plutôt pauvres et surtout du Sud, continue avec les FMI, OMC, et autre banque mondiale ?

Et puis comment aborderons-nous les questions de l’emploi ? Il y aura toujours des boulots peu valorisants à faire, qui les effectuera dans le très hypothétique cas d’un revenu suffisant qui ne serait pas lié au travail ? On fera venir des hommes et des femmes d’ailleurs pour qu’ils travaillent pour nous ?

Nous ne revendiquons pas des emplois pour des emplois, en tous les cas pas n’importe lesquels et pas à n’importe quel prix, mais nous pensons que le salariat qui exploite et contraint, ce salariat et son lot de soumission qu’il faut abolir, n’est pas la forme finie du travail.
Oui il faut partager les richesses, mais nous estimons malgré l’extrême urgence, qu’exister ce n’est pas seulement avoir un revenu, la contribution qu’on apporte à une fonction collective, sociale et historique est capitale
Nous pensons que le travail est socialisant et structurant, qu’il est essentiel d’avoir une place, un rôle, une utilité sociale, et que même quand le salariat sera aboli, il y aura encore beaucoup de travail et pour longtemps.
Il faut inventer un travail où les tâches gratifiantes et ingrates seraient assumées et assurées par tous et par chacun.
La mise en place d’un revenu universel, réellement universel et bien évidemment décent, n’est pas moins utopique que de foutre en l’air le capitalisme qui crée autant de barbarie et de pauvres que de biens de consommation et de profits.
Mais quand des millions de salariés, à force de CDD, de temps partiel et d’intérim gagnent moins que le SMIC et que pour 1,8 million d’entre eux c’est même moins de 600 euros par mois ; quand l’Insee annonce il y a quelques mois que trois personnes sans domicile fixe sur dix travaillent en moyenne 32 H par semaine ; quand ils osent proposer le RMA, il s’agit de ne pas revendiquer n’importe quoi.
Pour sortir de l’urgence, nous avons besoin d’un emploi, correctement rémunéré, puis d’un travail, mais nous nous demandons si certains, même inconsciemment, ne réclament pas de nous mettre au boulot, pour que nos cotisations servent à la redistribution dans les couches moyennes, en exemptant le patronat et le capitalisme de leurs responsabilités.
Il y en a assez des propositions discriminatoires qui jaillissent des têtes et des tiroirs, toutes propositions faites devraient être acceptables par ceux-là même qui les formulent.
Sinon c’est accepter l’idée qu’il y a des femmes et des hommes qui sont moins égaux que d’autres, que certains peuvent survivre a minima, dans et avec des minima sociaux, personne absolument personne ne peut et ne doit vivre a minima !
Ces questions d’avenir, de devenir, de perspectives, d’égalité, trop souvent sans réelles réponses, nourrissent le désintérêt de la chose publique et politique, alimentent l’idée que cette marche du monde est inexorable et normal que des millions d’entre nous restent sur le bas côté.

La volonté du MEDEF est de faire encore et toujours baisser le coût du travail et pour y parvenir il faut casser le code du travail et faire exploser les protections sociales, nous parlons de cotisations et de solidarité quand ils parlent de charges et de frein à la liberté d’entreprendre.
Ce qui permet la remise en cause des acquis sociaux c’est l’émiettement du monde du travail, la mise à mal de la solidarité, le poids et la peur du chômage. La force des patrons est de nous avoir renvoyé à notre sphère privée en cassant le collectif.
Nous sommes persuadés que ce n’est pas de moins de social et de criminalisation de la misère qui l’accompagne dont nous avons besoin, mais de plus de protection, de cohésion, de collectif.
Il faut que l’indemnisation du chômage soit la cinquième branche de la sécurité sociale.
Tous les arguments pour ne pas indemniser décemment toutes les formes de chômage servent la baisse des salaires et sont autant de moyens de pressions sur les salariés, alors même que toutes les études le prouvent : les chômeurs les mieux indemnisés sont ceux qui retrouvent le plus facilement un emploi.

Pour ce qui est de l’indemnisation et de la gestion du système d’indemnisation du chômage, nous avons des propositions :

Il faut d’abord une réelle démocratisation du paritarisme pour que cela ne soit pas toujours le Medef qui décide de tout, les associations de chômeurs qui ont dorénavant fait leurs preuves doivent siéger à l’Unedic.
Les réponses à un récent sondage (2) sont par ailleurs là pour en attester : 59 % des français faisaient confiance aux associations de chômeurs pour trouver une solution aux questions posées par le chômage, contre 55 % aux syndicats, 36 % au gouvernement et 30 % au Medef.

Ensuite, il ne faut pas baser les cotisations sur la seule masse salariale, ce qui de fait pénalise les entreprises qui créent ou maintiennent des emplois, il faut également taxer les profits, les plus-values et les produits financiers des entreprises.
Car dans le même temps où les chiffres du chômage sont terribles (plus 6%, officiellement sur un an), les entreprises qui composent le CAC 40 ont vu globalement leurs bénéfices nets augmenter de 45 % pour l’année 2003 réalisant 41 568 millions d’euros de profits avec des augmentation pouvant atteindre 98 % et même 117 %.

Il convient de prendre en compte les multiples urgences qui rythment nos vies, même si ce n’est pas en soi un projet politique. Concernant cette question, il nous semble que la non prise en compte est par contre un projet politique, c’est de courage et de détermination politique dont nous manquons, c’est à des alternatives qu’il faut travailler, car l’alternance nous condamne.

Philippe Villechalane,
Porte parole de l’Apeis (Association Pour l’Emploi, l’Information et la Solidarité).

(1) Christian de Montlibert in La violence du chômage _ Presses Universitaires de Strasbourg.
(2) Sondage exclusif CSA - Opinion paru dans « l’Humanité » du 30 avril 2004.


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