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Ghislaine C., 47 ans, Apeis Saint Denis

Des années à attendre un HLM, des loyers trop chers, souvent se loger lorsque l’on est chômeur, précaire, jeune ou immigré, c’est le parcours du combattant ou la démerde…

Le 6 septembre 2001 j’ai été expulsée de mon appartement HLM de la ville de Saint Denis.
12 flics à ma porte et 2 huissiers.
Je faisais des courses avec ma fille. Et là, à peine le temps d’embarquer le minimum, il faut partir. On s’est tous retrouvés, cinq adultes, sur le palier sans savoir où nous allions le soir même.
Je suis allé chez une amie, puis chez mon fils et puis dans les hôtels sociaux et enfin j’ai atterri à Nanterre. Ma fille de 17 ans loge chez les parents de son copain en Normandie, moyennant une pension alimentaire. Alors que si j’avais un logement... avec tout ce que je dépense pour ma fille dont je paie la pension alimentaire, ses allers-retours pour venir me voir (quand elle vient nous dînons dehors), ses habits, nos communications. En 15 jours avec ma fille il n’y a plus de pension.

Dans les hôtels sociaux on peut rester au maximum 10 semaines. Ensuite c’est Nanterre. Rendez vous à 18h Porte de la Villette. C’est un ancien bus de la RATP qui vous accueille mais avec des policiers. De là il faut divulguer son prénom et on est engouffré comme des animaux, puis on arrive à Nanterre et de nouveau appel. On appellerait des chiens, il n’y a pas Monsieur, ni Madame, ça n’existe pas (faut pas essayer de se pointer directement à Nanterre vous serez refoulés : “Vous n’êtes pas inscrit…"). Puis vous prenez votre numéro de chambre, les femmes avec les femmes, les hommes avec les hommes. Si vous avez une valise il faut la laisser à l’entrée : on est des bêtes. Et les effets disparaissent, pas grand chose forcément on a pas d’argent.
Si c’est un couple qui est expulsé et qu’il n’y a plus de chambre pour couple il faut vous séparer de votre conjoint. On attend et il faut encore pointer et faire la queue pour essayer d’aller manger, je dis bien essayer. Il faut voir, un chien n’en veut pas de ce qu’on vous sert, c’est déjà servi, comme soi-disant repas chaud.
Après le repas vous attendez encore au moins une heure avant qu’ils n’ouvrent votre chambre. Mais on attend dans le couloir. Puis ils ouvrent les portes et vous enfournent et referment, on se croirait des prisonniers. On peut ensuite ressortir car les toilettes sont sur le palier. Les gardiens pénètrent dans les chambres la nuit en claquant les portes, vous faisant peur, ils s’en foutent. Tout d’un coup vous voyez des jambes à côté de votre lit, vous ne savez même pas ce qu’il se passe, puis ils repartent en laissant les portes grande ouverte. Vous n’avez plus qu’à sortir de votre lit et à refermer. De toute façon on ne peut pas dormir : il y a des bruits et des insultes toute la nuit.
Le lendemain il faut être en bas à 7h30, pour déjeuner. C’est la seule chose qui est bien, c’est le café et rebelote ensuite dans les autocars à 8h et comme des bêtes ; au lieu d’essayer de nous disperser un peu partout, comme ça on est bien repéré qu’on est SDF : devant le commissariat Porte de la villette. Des animaux en pâture. Nous n’avons pas le droit de descendre ailleurs.
Là bàs il n’y a jamais aucun mot, aucun geste gentil. Quand vous dites que vous êtes dans une chambre pour deux avec une seule couverture " Et alors qu’est ce vous voulez que j’y fasse ". Les travailleurs sociaux il faut attendre jusqu’à 9h, mais après pour sortir de Nanterre on se débrouille, une seule solution : la fraude. De toute façon le travailleur social vous répond qu’il ne peut rien faire pour vous et vous conseille de revenir le soir au moins vous aurez un toit pour dormir. Ils ne trouvent aucune solution à vos problèmes. A croire qu’ils aiment à vous rabaisser encore plus bas.
Nanterre c’est à visiter par tout le monde. Moi au bout de 4 jours j’ai préféré dormir dehors, sur un banc, au moins on est pas embêté.

Propos recueillis par Raphaël Trapet


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